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Les visages du Beau Canton

Firmin Marchal, la vie serait-elle un long fleuve tranquille ?

Carte d’identité

Nom : Marchal
Prénom : Firmin
Habitat : Chiny
Millésime : 1916 Signes caractéristiques : Véritable tchinot, on le rencontre principalement dans les forêts, les champs et les jardins. On le retrouve aussi aux abords de la Semois.

C’est à Chiny, entre Semois et forêt, que vit depuis toujours un homme au quotidien riche de simplicité. Firmin Marchal, âgé aujourd’hui de 87 ans, habite depuis sa naissance, dans le fond du village où il savoure calme, convivialité et souvenirs. "Nous avons le Paradis, à côté de nous… La rue d’à côté… La côte du Paradis, c’est plutôt un précipice mais j’ai fait un sentier…“, confie-t-il dans une réflexion teintée d’humour et de poésie. Naître, grandir et vivre chaque instant à Chiny, voilà ce qu’a choisi Firmin, partagé entre l’hier et l‘aujourd’hui.

Son hier, c’est surtout une époque consacrée au travail dans les laminoirs de la région (Blagny et Mouzon). Fer rouge, feu et poussière pour un "enfer“ (comme il dit) loin de sa rue du Paradis d’aujourd‘hui. Son hier, ce sont aussi les marques de la deuxième guerre mondiale. Mobilisé dès 1939, Firmin se joint aux groupes de résistants locaux jusqu’à être fait prisonnier par les Allemands à Arlon". J‘ai toujours essayé d’oublier la guerre mais c’est épouvantable. Il fallait tuer“. La pudeur de son commentaire trahit la douleur de cette époque. La jonction de son passé et de son présent se fait notamment autour des méandres de la Semois. Passeur depuis 1937, Firmin continue à conduire ces petites embarcations qui sillonnent notre belle rivière de Chiny à Lacuisine. Rien de nos paysages contrastés ne lui est étranger. Il connaît chaque sentier pour les avoir parcourus, chaque rocher pour les avoir observés. Le tchinot travaille quotidiennement au contact de la nature, toutes les saisons lui offrent des occupations variées : des petits travaux de printemps à la réfection des ponts, en passant par le jardinnage ou le bûcheronnage. "Je n’arrive jamais à ne rien faire. Je bricole à tout. Tant que je pourrai, je ferai tout. Je n’irai pas dans un home…“

Un programme strictement observé rythme son quotidien : déjeuner vers 9h00, pas de dîner mais un goûter vers 16h00 et le plus important, le souper de 20h00. Entre ces étapes, il vaque à ses activités extérieures ou se retire dans son atelier pour composer de traditionnels paniers de noisetier. Ces occupations font pour lui office de distractions. La télévision l’intéresse peu. Il préfère consacrer son temps libre à écouter les voix des années 60 qui défilent sur son vieux pick-up.

Et puis, la vie de Firmin, c’est aussi une vie qui réfléchit sur elle-même et sur celle des autres. Il trouve le monde actuel plus compliqué, tiraillé entre chômage et taxes. La machine a, selon lui, absorbé l’homme : "Avant, il fallait douze personnes pour un laminoir et pour produire 8 à 9 tonnes de tôle.

Aujourd’hui, trois au maximum suffisent pour produire 20 tonnes. Il n’y a plus qu’à appuyer sur des boutons“. Les questions de politique inter-nationale et d’humanité l’interpellent comme elles interpellent le monde. Reste qu’à Chiny la vie est toujours aussi sereine et tranquille même si beaucoup de ses compagnons ont progressivement disparu…

En somme, Firmin incarne tous les traits qui font de l’existence une source intarissable de richesses. Sa vie est faite d’instants cousus bout à bout qui s‘écoulent en toute légèreté.

Des expériences de son vécu, il retient une sagesse jamais prétentieuse, presque timide, qu’il com-munique avec humour.

Des expériences de son vécu, il retient de petits secrets :“Il faut que je maintienne certaines choses sans en parler. C’est pour ça que je ne suis pas très causant…“.

Et pourtant, qu’est-ce que sa personnalité peut nous parler.


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